De la représentation du travail dans la science-fiction
La Rayonne | Salle 01
La science-fiction étant à première vue plutôt tournée vers la découverte et l’aventure, le travail ne semble pas figurer parmi ses grands thèmes classiques. Mais ça ne l’empêche pas d’être partout : même lorsqu’il n’est pas représenté directement, le travail est un thème incontournable de la science-fiction, qu’il soit question de sa centralité ou de sa disparition.
Comment pourrait-il en être autrement pour un genre fictionnel aussi intimement lié à la modernité ?
Les trois plus célèbres dystopies de la première moitié du XXe siècle, Nous de Evgueni Zamiatine (1920), Le Meilleur des mondes de Aldous Huxley (1932) et 1984 de George Orwell (1949), mettent en scène des sociétés fondées sur le contrôle et la surveillance de tous les aspects de la vie.
Or, le travail et l’activité productive y occupent une place et une fonction déterminantes, qui régissent la majeure partie de l’occupation humaine. Aldous Huxley notamment, dans sa critique de la modernité technologique, s’est fait dès les années 1920 le contempteur du taylorisme et du fordisme, comme d’une “rationalisation mécanisée, destructrice de la dimension humaine”.
Même époque, même combat : Metropolis de Fritz Lang (1926) a laissé dans l’inconscient collectif les images d’une cité où les hiérarchies sociales, entre prolétariat et élite, sont matérialisées en une architecture verticale, le tout immortalisé par des plans de caméra iconiques.
Cette veine de la science-fiction, critique de la modernité industrielle et de son organisation du travail, s’est affirmée au fil de l’histoire du genre, tout particulièrement avec le tournant des années 60-70, lorsque la SF a ajouté les sciences humaines et sociales à son champ d’inspiration, intégrant aussi une dimension politique plus prégnante.
Aussi, les écrivain·es héritier·es de cette période ne laissent-ils pas cet aspect dans un coin, à l’image de Kim Stanley Robinson, dont la Trilogie martienne évoque avec une grande précision les aspects industrieux et logistiques de la terraformation de Mars.
Les années 80, période d’essor du néolibéralisme, auront aussi vu des fictions en faire une critique de plus en plus acerbe, qui se perpétuera d’autant plus que s’imposera ce modèle. De Brazil à The Stanley Parable et Severance, de Thomas Ligotti (Mon Travail n’est pas terminé) à Léo Henry et Jacques Mucchielli (“Demain l’usine”, Yama Loka Terminus), les imaginaires se font de plus en plus spéculatifs, horrifiques, et peut-être -paradoxalement – réalistes.
Enfin, le thème de la disparition du travail, et d’une libération de l’humanité de celui-ci, est également au cœur de nombreuses fictions spéculatives.
Automation, délégation des tâches pénibles à d’autres entités et espèces (robots, IA, androïdes, replicants…), posent à nouveau frais les questions de la production, des ressources et de l’exploitation d’autrui.
Car à quoi bon imaginer de nouvelles technologies si l’on n’est pas capable d’imaginer d’autres rapports de production que ceux du capitalisme ?
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